Page Cuisine

Mise à jour le Lundi, 19 Juillet 2021 03:37 Écrit par Administrator Mercredi, 16 Novembre 2011 16:48

 

Recettes de cuisine et autres oeuvres artistiques




Le punch planteur
Annexe à la recette du punch : le père Labat vu par Chateaubriand


La crème au thermomètre : recette personnelle améliorée par mon peintre

Pieds et paquets de ma Grand-Mère

 

************************************

Jour de fête

Découverte Archéologique à Marseille

 

************************************

Le bon clodo

C'était un bon clodo. Il s'était installé depuis quelque temps sur un banc de la place du lycée. Il y passait ses journées et le soir il disparaissait. Personne n'aurait pu dire où il allait. Certes il possédait tous les instruments sacerdotaux du clodo ordinaire : le litron de rouge, les packs de bière, une tenue débraillée composée d'habits délavés et rapiécés, des chaussures éventrées dont les lacets avaient été remplacés par de la ficelle de colis postal, une vieille besace crasseuse, une grosse barbe poivre et sel que des animaux domestiques avaient colonisée, mais ce n'était pourtant pas un clodo ordinaire.

Il lisait toute la journée assis sur son banc et semblait y prendre un certain plaisir. Un clodo ordinaire aurait jeté un œil par intermittence sur le catalogue de la manufacture d'armes et cycles de Saint Étienne. Mais pas lui, il lisait toute la journée des œuvres de poids. Les passants avaient remarqué parmi les quelques livres qu'il avait avec lui, Aristophane, Voltaire, Diderot, Pavel Kohout, rien que des sérieux, pas de ces rêveurs qui vous foutent le tournis avec des phrases interminables et alambiquées. Non ce n'était vraiment pas un clodo ordinaire.

Les habitants du quartier avait pris l'habitude de le voir là, et certains d'entre eux lui faisaient un petit signe amical, certains lui adressaient même la parole. Qui était il? Bien entendu c'était la première question qui venait à l'esprit. À cette question il daignait répondre : je m'appelle Richelieu et je suis un descendant du cardinal. Ceci méritait réflexion, parce que les deux frères d'Armand Jean du Plessis, Cardinal de Richelieu  étaient morts sans descendance, et que la descendance de sa sœur Françoise était bien connue. Il n'en reste pas moins que certains attribuent à Richelieu quelques autres sœurs et aussi un enfant caché. Dans ces conditions les gens le croyaient à moitié, c'est-à-dire que la moitié d'entre eux le croyaient complètement et l'autre moitié pas du tout. Mais tout le monde avait fini par l'appeler Richelieu.

Comment était il arrivé là, d'où venait il? À cette question il répondait invariablement qu'il était envoyé par Poséidon lui-même et qu'il était arrivé par la mer après un long voyage à travers les océans. Il n'avait rien à voir avec ces génies d'eau douce qui se baladent dans les lacs et les rivières, ondines et autres dont parlent Grimm et Giraudoux. Lui était un vrai génie de la mer, petit fils de Cronos.

Pour prouver son identité, Poséidon lui avait confié un tout petit trident de poche, image miniaturisée du trident véritable d'icelui, dont il s'était débarrassé promptement par peur du ridicule. Le plus difficile, disait il, avait été de transformer sa queue de poisson en jambes. On peut douter de la véracité de cet épisode, quoique l'avis du Grand Céès soit peu clair sur la question. Le Grand Céès, est un organisme consultatif, réputé scientifique, devant se prononcer sur des questions médicales. Ses membres sont pour la plupart des descendants directs des médecins de Molière, et ils ne savent rien, ce qui n'est pas grave car comme disait le philosophe Pierre Dac : ceux qui ne savent rien en savent toujours autant que ceux qui n'en savent pas plus qu'eux. Interrogé sur la question, le Grand Céès donna une réponse mitigée. On n'en attendait pas plus d'eux. Toujours est il qu'un petit parfum de divinité commença à flotter autour du bon clodo.

Mon oncle était professeur de mathématiques et officiait dans le lycée de la place du banc. Qu'on ne se trompe pas, c'est la même place que la précédente, mais quand on est sur le banc on l'appelle place du lycée et quand on est dans le lycée, pour raison de symétrie évidente, on l’appelle place du banc. Il était très content de ses élèves. Depuis quelque temps ceux-ci avaient beaucoup progressé. Il avait commencé par leur donner un devoir facile, qu'ils avaient fait sans problème. Puis, petit à petit, il leur donnait des devoirs de plus en plus difficiles qu'ils rendaient avec des solutions inattaquables. Dernièrement il leur en avait donné un particulièrement vachard dont il espérait beaucoup. Mais pas moyen de les coller,  ils avaient tordu ça avec des solutions fluides et élégantes qu'Archimède lui-même aurait appréciées.

Les élèves de mon oncle étaient aussi de braves garçons. Aux inter-classes ils allaient dire quelques mots à Richelieu, lui amenaient quelques cigarettes et quelques litrons. Un jour, arrivé plus tôt que d'habitude, mon oncle remarqua que ses élèves et Richelieu étaient en grande conversation et pour tout dire en grande transaction. Des cigarettes et quelques pièces étaient échangées contre des feuilles que le clodo avait écrites. Ce n'était pas habituel aux autres heures. Mon oncle envoya un espion pour connaître le fin mot de l'histoire. Le compte rendu fut clair, Richelieu faisait les problèmes de mon oncle et vendait, pour un gain très modique, les solutions aux élèves.

Mon oncle était un brave homme, bienveillant. Il avait un esprit vif pour tout ce qui touchait aux mathématiques, mais était extrêmement naïf pour les choses de la vie courante. En particulier, il croyait au pouvoir de la logique pour aborder les problèmes humains. Quelle erreur! N'importe quel homme politique aurait pu lui expliquer que ce n'est pas comme ça que marche le monde des hommes, et qu'au plus on dit de bêtises avec aplomb au plus on a de chances d'être élu. Il aurait dû savoir que le levier principal de la persuasion est la peur, qui a toujours été utilisée par les hommes de pouvoir depuis les prêtres de l’Égypte ancienne en passant par les prêtres des divinités grecques et romaines jusqu'à ceux des religions modernes. Un soucis dans l'explication du fonctionnement de l'univers? Qu'à cela ne tienne, rien de tel qu'un petit coup d'appel à une divinité ad hoc et tout marche pour le mieux. Il aurait dû savoir que l'argument ultime pour toute chose est l'appel aux dieux. Mais ça, il l'ignorait complètement, et son honnêteté intellectuelle l'avait empêché de se rendre compte que ses élèves faisait appel au divin Richelieu pour torcher ses problèmes. Il en resta tout aussi sidéré que les personnages de Daudet découvrant la vacuité du moulin de Maître Cornille. Mais il ne dit rien. Après tout la copie n'est elle pas aussi un moyen de progresser.

Quelque temps passa sereinement, mais un matin on ne vit pas Richelieu sur son banc. Au lycée le professeur de mathématiques était absent. On ne revit jamais ni l'un ni l'autre. Récemment j'ai entendu dire qu'il y a un coin perdu au delà des océans où des élèves tordent tous les problèmes que leur donne leur prof de math...

Robert Rolland

***************************************

La Mauvaise relation de Chasles

Michel CHASLES (1793--1880) était un brillant mathématicien, membre de l'Académie, qui a laissé son nom dans l'histoire des Sciences. Il avait cependant un défaut : il s'intéressait activement à l'histoire et collectionnait des documents anciens, domaine dans lequel il était parfaitement incompétent. Il fit la connaissance en 1861 d'un dénommé Denis Vrin LUCAS (1816-1881), dit VRAIN-LUCAS, né à Lanneray en Eure-et-Loir, pas loin d'Epernon, lieu de naissance de CHASLES. VRAIN-LUCAS proposa à CHASLES une collection d'autographes appartenant prétendument à un collectionneur dans le besoin. VRAIN-LUCAS était suffisamment habile et CHASLES suffisamment naïf. CHASLES fit confiance à ce "pays" qui lui vendit entre 1861 et 1869 plusieurs milliers de lettres hallucinantes, fausses évidemment. On y trouve en particulier une correspondance entre PASCAL (1623-1662) et NEWTON (1642-1727) qui tend à prouver que PASCAL est le vrai découvreur de la gravitation universelle. Ceci fut salué avec enthousiasme par l'Académie et fit braire les anglais. Les lettres vendues par VRAIN-LUCAS à CHASLES sont ahurissantes. Il y a des lettres de Rabelais, Molière, Cicéron, Catherine de Navarre, etc... En 1669, VRAIN-LUCAS fut confondu par les paléographes Henri BORDIER et Émile MABILLE et arrêté. Le procès tourna à la franche rigolade à l'énoncé des lettres fourguées par le margoulin à ce pauvre Michel CHASLES. Pour sa défense VRAIN-LUCAS dit que, certes il avait soutiré quelque 140000 francs or (près de 300000 €) à CHASLES, mais que maintenant, vue la notoriété acquise, ses faux valaient plus que ça! Il fut condamné à 2 ans de prison et à une amende légère. Ses près de 30000 faux furent détruits à l'exception de quelques exemplaires que l'on peut trouver dans un recueil de la Bibliothèque Nationale de France sous le titre : Spécimen des faux autographes fabriqués par Vrain Lucas... et vendus à M.Michel Chasles... (ce fichier peut être téléchargé sur le site Gallica de la BNF
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b525049362.r=Vrain%20Lucas?rk=21459;2)
On trouve aussi sur le site Gallica l'ouvrage : Faux Autographes, affaire Vrain-Lucas, étude sur la collection vendue à M.Michel Chasles,... / par Étienne Charavay,...

(https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&query=%28gallica%20all%20%22Faux%20Autographes%2C%20affaire%20Vrain-Lucas%2C%20%C3%A9tude%20sur%20la%20collection%20vendue%20%C3%A0%20M.Michel%20Chasles%2C...%20%20par%20%C3%89tienne%20Charavay%2C...%22%29&lang=fr&suggest=0).


On peut aussi trouver sur internet l'ouvrage : Une fabrique de faux autographes: ou récit de l'affaire Vrain Lucas, Volume 1  De Henri Léonard Bordier, Emile Mabille
(https://books.google.fr/books?id=4_kgAQAAMAAJ).
De nombreux auteurs dont Alphonse Daudet se sont inspirés de cette affaire. Il y  a un ouvrage que je relis toujours avec plaisir depuis plus de 50 ans, c'est le livre (peu connu) de Jacques Franju "Le grand canular" publié en 1963.

On peut voir la généalogie de Denis Vrin LUCAS à l'adresse
https://gw.geneanet.org/romiro_w?lang=fr

Robert Rolland

*********************************************

La page de mon cousin Christian Richaud :

Christian s'est intéressé à la fabrication de "Cigar-Box guitars". Drôle de passion! Où est il allé chercher ça, je n'en sais rien, mais les résultats sont magnifiques. Il en construit des classiques avec des boîtes de cigares, mais aussi avec des plats à four, des égouttoirs d’évier, des boules à thé, des écuelles de chien. Ce sont de véritables œuvres d'art. Allez voir son site ici.



[ Retour ]